Art-mur.

Art-mur.
Maman, tu m'as mise au monde sans trop savoir dans quoi tu t'embarquais. Je suis arrivée sur cette drôle de planète en ne sachant pas trop quoi y faire. Papa et toi m'avez donné le nom de Sandrine. Je vous remercie d'ailleurs d'avoir eu l'intelligence de ne pas m'affubler d'un de ces prénoms bizarre à l'orthographe douteuse.
J'ai été accueillie avec une claque sur les fesses, mes yeux bleus se sont vite remplis de larmes, j'ai pleuré un peu parce que ça faisait mal mais beaucoup pour attirer votre attention. Maman, je te dis tout ça mais je n'ai aucun souvenir de ce moment, ni des quelques années qui suivirent ma naissance. Tous les grands pensants s'entendent pour dire que c'est une période charnière du développement de l'enfant, que cela le façonnera pour le reste de sa vie. J'imagine que je dois donc vous remercier de m'avoir prodigué soins et attentions, d'avoir fait tout ce qui était en votre pouvoir pour rendre cette période des mieux pour moi.
Mais j'ai aujourd'hui dix-huit ans maman. Je suis officiellement majeure. Je peux acheter clopes et alcool, bouffer ma santé et même vider mon portefeuille en allant balancer mon argent dans des machines qui font trop de bruits. Mais je ne fais rien de ça. J'ai aucune idée de comment on fait ce genre de trucs, mais surtout de pourquoi on fait tout ça.
Maman, je ne sais ce que vous avez fait mais il y a quelque chose qui cloche. Je ne peux avoir dix-huit ans. C'est impossible. Il y a du avoir erreur quelque part. Vous avez falsifié mon certificat de naissance, vous avez mis un accélérant dans toutes les cellules de mon corps, mais en oubliant le c½ur. Ça ne tourne pas rond, j'ai les formes d'une fille de dix-huit mais la maturité d'une enfant de quatre ans et demi.
Je vais exploser maman, déchirée entre deux réalités. Le «vrai monde» qui me tire vers l'âge adulte et ces trippes qui ne font autre chose que m'appeler dans l'enfance. Je suis entre larme et rire. Je ne sais plus trouver le milieu, cet équilibre si précieux. Je l'ai perdu. Je pervertis mon enfance, ce côté pur et innocent en faisant toute sorte de chose que je ne me serais jamais pensée capable de faire. Maman, j'ai envie de me poser, de passer ma vie avec ce garçon. Tu imagines? J'ai envie de replier ces grandes ailes de papillons et ne plus les déployer que pour lui. Je ne me saisis plus. Moi aussi je grandis, maman? Moi aussi, un jour, j'aurai envie de cette voiture familiale, de ce gazon bien coupé et de ce bungalow douillet?
Ça me fait peur tout ça maman. J'aurais besoin de la plus grande liberté et, en même temps, de tes bras qui m'accueillent sans jugement. Je deviens émotive maman. J'arrête ici.

# Posté le vendredi 30 octobre 2009 14:58

Time to pretend.

Time to pretend.
Petit, j'ai en bouche ce goût mi-sucré, mi-amer, celui qui vient après que tes yeux ai croisé les miens et qu'ils se soient fait un nid au plus profond de ma confiance. J'ai la conscience qui s'emballe, qui se cherche une place, elle est perdue. Moi-même je ne sais plus. Et puis à quoi bon? Tout le monde s'en fout un peu, l'important reste ce sourire d'enfant qui allume des feux d'artifices dans tes yeux, qui enflamment mon coeur. Sacré sourire pyromane, pyramide d'amour incontrôlé. On perd un peu le contrôle, je parle comme si la gêne ne faisait pas partie de mon vocabulaire et je me rends compte qu'à force d'essayer de raissoner, j'en perds justement la raison. Je m'abandonne donc complètement, sans questions. Je crois à tout ce que tu me dis, surtout quand ça rime avec futur mais encore un peu plus quand tout ça se passe au présent, que cela goûte le chocolat chaud ou le vin pétillant. Je n'ai plus aucune notion des goûts de toute façon. J'ai l'impression d'avoir 12 ans et d'être amoureuse par-dessus la tête, un setting à rendre fou, sans peur. Rassure-moi. Tu n'as pas besoin, je me sens comme si une bulle avait grandi autour de toi et moi, comme si ces moments passés avec toi étaient hors du temps, hors des lieux. Et ils le sont sûrement.
Petit, je ne sais pas comment conjugué ton nom au passé et ne me le montre pas. J'ai envie d'être nulle en français pour une fois et ne savoir parler que de toi au présent, ce présent qui sonne comme une évidence à mes oreilles, qui me joue une mélodie qui me plaît beaucoup. C'est pas l'OSM, plutôt un concert intime, un ode à la perfection, la tienne.
Petit, tout ça à l'air complètement ridicule. Cet amour surdimensionné, cette peur qui n'arrive pas à prendre le dessus, cette confiance en toi qui m'explose de la tête au coeur. Petit, je ne sais que te dire. Tout sonnerait tellement «déjà-vu», tellement convenu que je préfère m'arrêter ici et te dire à la prochaine, coupe de vin ou pomme à la main.

# Posté le jeudi 01 octobre 2009 20:05

It's even or hate, i can't find in between.

It's even or hate, i can't find in between.
Petit, j'ai adoré notre promenade. Ce n'était rien de fou, les feuilles n'ont pas encore mis leur ensemble jaune-orange et les arbres n'ont pas décidé de laisser sortir les fruits. C'était tout de même magnifique. L'asphalte était devenu poétique à force de t'aimer et les nuages avaient soudainement pris une forme qui s'apparentait drôlement à des coeurs. Tout cela était atrocement quétaine Petit. On se serait cru dans un film américain conçu pour les 12-14 ans. Je m'en balançais éperdument. Ma main s'était bâti un cocon dans la tienne et ton coeur était venu rendre visite au mien. Il prenait le thé ensemble alors peu m'importe que mes bas ne soient pas assortis, que mes lacets soient défaits et que mes cheveux tiennent plus du champ de bataille qu'autre chose. Tu étais là. Complètement là. On a fait le chemin de ta vie. C'est ridicule de dire cela à 19 ans. Tant pis. Je le fais. On a fait un détour par tes amitiés. J'aurais pas pu espérer mieux. Tu comprenais. Je parlais, tu comprenais.
Petit, Le Queen Elizabeth c'est bien. Les lofts avec terrasse sur le toit à 1,500,000$ tout autant. Mais il y a ce mot qui détruit tout, qui vient mettre à terre cette pseudo perfection de bourgeois tant il fait du bien: communication. Je déteste parler Petit. Ça me gêne sans bon sens. Mais ça apaise sur un moyen temps.
Petit, je m'excuse donc si mes mots se font rares, s'ils font que les tiens sont plus réticents à venir se lover au creux de mon oreille. Petit, je me fais peut-être des idées, je pars de presque rien et d'ailleurs ça ne serait pas nouveau. Alors, bien que ce texte soit l'apologie de tout ce qui se fait de convenu, il est sincère.
Et ça, ça vaut bien tous les colliers Swarovski de ce monde.

# Posté le lundi 21 septembre 2009 21:32

Swallow that pill that they call pride.

Swallow that pill that they call pride.
Je me suis noyée dans ma tasse de thé et j'en ai perdu mon latin. Bien que je ne parle pas le latin et que je ne sois pas particulièrement attirés par les latins. J'ai tout de même réussi à m'accrocher à ce morceau de biscuit dur, entre temps devenu mou, sous l'effet du liquide chaud. J'ai escaladé les parois de la tasse de porcelaine et j'ai glissé jusque dans la soucoupe. De là, j'ai du faire un choix. La question se posait: Cap ou pas cap?
Cap.
J'ai pris mon courage à deux mains, sans délicatesse mais en prenant tout de même soin de ne pas l'étrangler. Un courage qui suffoque, il n'y a rien de pire. J'ai traversé la table, me suis enfargée dans une cuillère qui traînait là, pour finalement faire le grand saut et aller sur le plancher.
Ouf.
Je me suis d'abord sentie mal. Un vertige à en perdre la tête, bien que je sois au sol. C'était à ne rien n'y comprendre, même moi je m'y perdais un peu. J'ai voulu définir mon espace, mettre des contours à ce trop plein de semblants, mais j'ai échoué.
Merde.
C'est alors que je me suis fait dire: «Sandrine, les contours ça étouffe.» J'ai enfin compris, trop peu trop tard. J'ai vite recouru jusqu'à la tasse, j'ai averti tout le monde et j'ai fait le sprint jusqu'au train.
Réussi.
Ce fut un succès total et quasi flamboyant. J'ai souri, rougi, une nuée de papillons est venue envahir mon ventre avant de se transformer en étoiles dans mes yeux et j'ai salué la foule.
Merci.
C'est ce que je leur ai dit.

# Posté le samedi 05 septembre 2009 17:46

Kiss me threw the phone.

J'ai plongé ma tete dans le lavabo, le lavabo crasse, avec de l'eau pas plus propre. J'ai mis ma tete toute propre, je n'ai meme pas fermé les yeux, je voulais voir la grosse tache rousse qui trone juste en dessous du robinet. Je me suis piquée les yeux, ca faisait mal. Tant pis, j'aurai les yeux rouges, tu croieras que j'ai fumé mais toi, tu t'en fous. Tu me dirais surement bien joué.
Mais je ne joue plus bien. Je m'enmèle dans mes mots, je trébuche sur chaque syllabe. Fuck it. J'ai donc arreté de parler, j'ai opté pour la simplicité et on se balance de l'impression que je donne. Tu me dirais quand meme bien joué. C'est tout le temps ce que tu me dis. Quoique je fasse ou que je ne fasse pas. Ca gave. Je suis gavée de notre non conversation. On ne parle jamais.
Je me perds, me refous la tete dans le lavabo. Beurk. Il est toujours aussi sale. Ce me leve le coeur, je ne laisse rien sortir. Ma bouche s'ouvre, je bois de l'eau mais je retourne travailler. Je n'ai pas le choix, pas le choix. Et puis si, je l'ai. Je pourrais toujours partir en Espagne avec lui, question que ca déboite, que tu me débites des mots que je ne comprends pas, que tu fasses la fete, que je m'efface doucement, que je ne fasse que profiter de la vision de gens qui s'amusent. Mais je ne le fais pas. Je m'enfonce la tete dans l'eau, je ne perds meme plus souffle, je vais travailler.
Je me dois de nettoyer le lavabo. De le décrasser, de me décrisser. Je ne le vousvoie plus, je m'accoutume a cette saleté, je finis par l'aimer. Ca fait peur de se rendre compte qu'on aimer ce qu'on détestait au départ. Aimer le laid, notre laid. Je fais n'importe quoi. Mais sans parler. La tete dans le lavabo. Je fais n'importe quoi, mais je ne me vois pas faire autrement. Ca serait tellement facile.

# Posté le mardi 04 août 2009 16:58